
Sixième partie: Et que deviendront les pays émergents?Par George Soros
Résumé des articles précédents
Dans les cinq articles précédents, George Soros a expliqué comment et surtout pourquoi la crise s’était développée avec une rapidité étonnante. Cette crise a déjà commencé à redistribuer les rôles dans l’économie et la politique mondiale. Il insiste sur la nécessité pour l’Europe d’avoir une politique énergétique commune face à la Russie, notant que cette «vieille Europe» a été capable d’avoir une stratégie commune de lutte contre les effets de la crise. Pour les pays émergents aussi, la monde de l’après-crise ne ressemblera pas au monde d’avant cette crise.Les pays producteurs de pétrole ont subi de brusques revers de fortune. Leurs excédents sont devenus des déficits, leurs fonds souverains et leurs réserves de change se sont dévaluées. Les Etats du Golfe ont été durement touchés, parce que leurs secteurs privés, y compris quelques banques, ont été trop sollicités. Dubaï a connu la bulle immobilière la plus spectaculaire du monde et Abou Dhabi devra sans doute intervenir pour tirer d’affaire son proche voisin.Mais à quelque chose malheur est bon et certains gros producteurs de pétrole , notamment l’Iran, le Venezuela, et la Russie, hostiles à l’ordre mondial actuel, sont en train de se faire rogner les ailes. L’affaiblissement du soutien de l’Iran vis-à-vis des organisations terroristes des pays voisins fait déjà sentir ses effets bénéfiques. La situation politique et sécuritaire en Irak semble se stabiliser, et la Syrie semble plus ouverte aux négociations.
Résumé des articles précédents
Dans les cinq articles précédents, George Soros a expliqué comment et surtout pourquoi la crise s’était développée avec une rapidité étonnante. Cette crise a déjà commencé à redistribuer les rôles dans l’économie et la politique mondiale. Il insiste sur la nécessité pour l’Europe d’avoir une politique énergétique commune face à la Russie, notant que cette «vieille Europe» a été capable d’avoir une stratégie commune de lutte contre les effets de la crise. Pour les pays émergents aussi, la monde de l’après-crise ne ressemblera pas au monde d’avant cette crise.Les pays producteurs de pétrole ont subi de brusques revers de fortune. Leurs excédents sont devenus des déficits, leurs fonds souverains et leurs réserves de change se sont dévaluées. Les Etats du Golfe ont été durement touchés, parce que leurs secteurs privés, y compris quelques banques, ont été trop sollicités. Dubaï a connu la bulle immobilière la plus spectaculaire du monde et Abou Dhabi devra sans doute intervenir pour tirer d’affaire son proche voisin.Mais à quelque chose malheur est bon et certains gros producteurs de pétrole , notamment l’Iran, le Venezuela, et la Russie, hostiles à l’ordre mondial actuel, sont en train de se faire rogner les ailes. L’affaiblissement du soutien de l’Iran vis-à-vis des organisations terroristes des pays voisins fait déjà sentir ses effets bénéfiques. La situation politique et sécuritaire en Irak semble se stabiliser, et la Syrie semble plus ouverte aux négociations.
Ceux qui peuvent aller contre le cycle et les autres…
Quelques pays comme le Brésil et le Chili sont en assez bonne posture pour engager d’eux-mêmes des politiques anticycliques, avec un léger coup de pouce des institutions financières internationales (NDLR: sans le dire, le Maroc aussi a une politique contra-cyclique ou anti-cyclique: pas de hausse des prix durant l’envolée des cours des matières premières, politique d’investissements massifs dans les infrastructures grâce à la bonne santé financière de l’Etat, puis pour l’année 2009, quand la crise arrive sur les recettes en devises et l’industrie, alors, l’agriculture prend le relai grace à des pluies exceptionnelles…)Mais le reste du monde en développement dépend essentiellement des initiatives multilatérales ou bilatérales. En l’absence d’une initiative internationale radicale, ils auront à affronter un avenir très sombre. Des pays comme le Pakistan, l’Egypte et Haïti ont déjà connu une série d’émeutes de la faim. D’autres, comme l’Afrique du Sud et la Turquie, subissent des coupures de.
courant importantes. Le Mexique s’affronte à un problème grave de sécurité à cause du trafic de stupéfiants. A mesure que la situation se dégrade économiquement, les risques de troubles s’accroissent.L’effondrement du crédit dans le système financier global a des effets plus dévastateurs sur les pays de la périphérie que sur ceux du centre. Des lignes de crédit sont supprimées, des prêts arrivent à terme et ne peuvent être renouvelés, le financement du commerce se tarit. Heureusement, les leaders mondiaux ont conscience qu’en se portant au secours du monde en développement, ils servent leurs propres intérêts bien compris. L’attirance pour le plan de donation des DTS est due au fait qu’elle n’impose pas de coûts directs aux pays donateurs. Ils n’ont qu’à voter en faveur de la création de DTS et en donner les bénéfices aux pays moins développés. J’espère qu’ils se saisiront de cette occasion.
Inde et Pakistan: L’effet toxique de Bush
L’Inde, plus autonome que la Chine, ne devrait pas avoir autant de mal à maintenir sa progression. La Bourse indienne a été plus durement touchée que la plupart des pays, mais son système bancaire, qui est encore largement sous le contrôle de l’Etat, a moins souffert. On prévoit un ralentissement des flux d’envois de fonds en provenance des pays du Golfe et de l’externalisation de ses affaires, mais on espère la poursuite accélérée des investissements dans les infrastructures, dont l’Inde a un important arriéré à combler. Ses perspectives macro-économiques sont plus favorables que pour l’ensemble du monde.Les plus grosses incertitudes sont d’ordre politique, et elles tournent autour du Pakistan qui est dans l’impasse. L’armée et les services de renseignement pakistanais ont entretenu des liens étroits avec les terroristes, lesquels risquent sérieusement de prendre le dessus. Les attentats de Bombay du 26 novembre 2008, (comme les précédents et les suivants) ont été préparés, minutés et perpétrés de manière magistrale. En survenant avant les élections indiennes, ces attentats avaient pour mobile de dresser l’Inde et le Pakistan l’un contre l’autre, en favorisant le maintien de l’influence islamiste au Pakistan ou tout du moins en renforçant sa mainmise sur l’Etat.L’administration Bush a laissé les différents acteurs se monter les uns contre les autres: le Pakistan contre l’Inde et l’Afghanistan; à l’intérieur du Pakistan, le gouvernement militaire contre le gouvernement civil; à l’intérieur du gouvernement civil, Nawaz Sharif contre Asif Ali Zardari – sans parler des multiples tribus équipées par l’armée pour se battre contre les talibans pakistanais, lesquels se battent entre eux. La tâche du gouvernement Obama sera d’amener toutes ces factions à se battre contre leur ennemi commun, les auteurs des attentats de Bombay.Le problème du Pakistan est étroitement lié à celui de l’Afghanistan. Les forces américaines, quand elles ont envahi l’Afghanistan, ont été accueillies initialement comme des libérateurs, mais l’Otan s’en est mêlé, sans plan d’engagement préalablement réfléchi, et au bout de huit ans, la présence de troupes étrangères est mal vécue. C’est à un retrait en ordre que le plan devrait faire procéder, mais tant que Al Qaïda et les talibans se renforcent, le retrait est impossible. Et ce n’est pourtant pas sans le soutien actif de la population qu’ils pourront être vaincus.Trois difficultés font obstruction: la drogue qui entretient l’hostilité de la population envers les troupes d’occupation; les zones tribales du Pakistan qui servent de refuge; la perte de légitimité et de popularité du gouvernement Karzai. La situation n’est pas insoluble, mais sa maîtrise exigera du talent et de la persévérance
l’économie globale, et les relations sino-américaines seront les relations bilatérales les plus importantes du monde. L Chine, périlleuse nouvelle puissance
La Chine a un rôle aussi décisif que celui du président Obama pour les destinées de a Chine attache beaucoup d’importance à la prospérité de l’économie globale. C’est un aspect sur lequel Obama peut jouer dans la reconstruction du système financier international, mais qui demandera de part et d’autre énormément de tact et de clairvoyance.L’émergence d’une nouvelle puissance mondiale est une dynamique périlleuse. Cela a mené à deux guerres mondiales, qui se sont soldées par la défaite de la puissance émergente. La Chine a de gros efforts à faire pour devenir fréquentable et pour faire partie du club des leaders mondiaux. Elle tente de se conformer à la doctrine du développement harmonieux, ce qui est louable, mais les autres doctrines qu’elle professe, notamment vis-à-vis de Taiwan et du Tibet, vont contre la première. En raison des politiques erronées du gouvernement Bush et de l’éclatement de la superbulle, la Chine a acquis trop de puissance et trop rapidement. Un partenariat constructif ne sera possible qu’à condition que chacun modère ses prétentions. Le président Obama doit traiter la Chine d’égal à égal, et la Chine doit accepter le maintien du leadership américain. Ce ne sera facile pour aucun des deux.La Chine a trop à perdre. Ce n’est pas une démocratie, et elle n’a pas de rites institués pour passer d’un gouvernement au suivant. En cas de taux de croissance insatisfaisant – 8% par an étant considéré par beaucoup comme un minimum – on peut craindre des convulsions politiques, dont le retentissement au niveau mondial serait désastreux. Heureusement, la Chine a mis au point un système de consultation élaboré, qui, sans être démocratique, donne voix aux différents groupes d’intérêt en jeu dans le choix d’une politique. Ce dispositif à créer du consensus a pour inconvénient principal d’être lent et lourd à manier, et le leadership chinois manque des réflexes nécessaires pour réagir en cas d’effondrement subit de l’économie globale. Ici encore, de fermes initiatives de la part du gouvernement Obama pourraient avoir un effet bénéfique.Copyright: Project Syndicate, 2009Traduit de l’anglais par Michelle Flamand
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